Si je vous parlais de Yema il y a seulement 5 ans, vous m’auriez dit qu’il s’agit d’une marque d’entrée ou de moyen de gamme, qui propose plutôt de belles montres sportives avec un bon rapport qualité-prix. Pourtant, seulement quelques années plus tard, tout ou presque a changé, car Yema n’est plus une simple maison horlogère, mais c’est aujourd’hui l’une des rares manufactures françaises avec notamment Pequignet (voir mon article sur le sujet juste ici) ou encore Trilobe (que je vous ferai découvrir bientôt !).
J’ai donc voulu découvrir par moi-même leur transformation et je vous emmène découvrir cela dans cet article !
Découvrez ma visite à la manufacture Yema en novembre 2025 :
Yema, une marque en plein coeur du Jura horloger français
La maison Yema est une marque qui date de la sortie de la Seconde Guerre mondiale, lorsque Henry-Louis Belmont crée sa marque en 1948 à Besançon. Cette maison va très rapidement devenir un acteur majeur de l’industrie horlogère française en exportant par exemple en 1965 400 000 montres !
Après être passée sous le giron de Matra et avoir été dirigée par un certain Richard Mille, puis ensuite avoir été rachetée par Seiko, la maison Yema passe sous le contrôle d’Ambre France, un groupe français basé à Morteau. Cette petite ville située dans le Doubs, en plein massif du Jura et à quelques kilomètres de la Suisse, est une place forte de l’horlogerie française en accueillant, outre Yema, la maison Pequignet et le Lycée d’Horlogerie de Morteau.
Je me rends donc dans cette petite ville il y a quelques mois pour y découvrir l’une des rares manufactures françaises !
Un tournant radical vers la manufacture
Alors que Yema ne faisait que de l’emboîtage de montres il y a quelques années, la maison a changé radicalement de route fin 2022 en présentant ses premiers calibres manufactures, les Calibres manufacture Morteau ou CMM.
Ces derniers n’ont par contre pas été conçus par Yema directement, mais par l’intermédiaire de l’horloger-concepteur Olivier Mory qui travaille à La Chaux-de-Fonds, de l’autre côté de la frontière suisse. Ce dernier a donc conçu, en collaboration avec Yema, les calibres suivants :
- CMM.10 : mouvement automatique 3 aiguilles avec 70 heures de réserve de marche
- CMM.20 : mouvement automatique 3 aiguilles avec 70 heures de réserve de marche et micro-rotor
- CMM.30 : mouvement à remontage manuel et tourbillon mécanique avec complication maréographe et 105 heures de réserve de marche
Pour débuter la visite, l’usinage
Direction maintenant les locaux de Yema pour commencer la visite et plus particulièrement l’usinage. Car même si ses mouvements actuels ne sont pas conçus entièrement en interne, Yema a décidé d’internaliser certains savoir-faire, dont l’usinage des ponts et platines.
Je commence donc justement cette visite en découvrant les premières machines CNC (machines à commande numérique) achetées par Yema qui servaient notamment à la fabrication des pièces des premiers mouvements manufacture. Cependant, pour améliorer la qualité et la productivité, ces CNC d’occasion servent maintenant à faire des prototypes.
Puis nous passons ensuite à l’étage pour découvrir les CNC plus modernes et en plein travail. Cette dernière est aujourd’hui utilisée par Yema pour usiner les pièces de ses mouvements manufactures (les ponts et les platines). La machine, qui travaille 24/24 et 7 jours sur 7, a la particularité d’être quasiment autonome après un bon réglage, ce qui permet d’augmenter la productivité, mais aussi d’améliorer la qualité des pièces.
Elle va donc prendre des plaquettes en laiton avec un bras robotisé, et grâce à différents outils, elle va les transformer en pièces beaucoup plus petites en découpant, perçant, fraisant ou en enlevant de la matière pour, à la fin, donner une platine ou des ponts qui serviront à la fabrication des différents calibre CMM.
On note que pour travailler, ces machines utilisent beaucoup d’huile, pourquoi ? Tout simplement pour éviter d’échauffer trop les pièces et pour ne pas les abîmer. Avec toute cette huile, il faudra donc les nettoyer dans une imposante machine à ultrason.
Contrôle, finition et décoration
Suite à l’usinage, direction l’étape de contrôle des platines et des ponts, car Yema va bien sûr vérifier chaque pièce avec des outils métrologiques 2D et 3D. L’objectif est de vérifier les tolérances critiques afin de garantir un ajustement parfait des composants et d’assurer la fiabilité mécanique du mouvement. Les pièces qui ne respectent pas les normes vont donc être écartées.
Ensuite, il va falloir faire les finitions de ses pièces qui sont encore assez brut avec notamment :
- L’ébavurage : cela consiste à supprimer les bavures ou excédents de matière indésirables sur les pièces.
- La tribofinition : c’est un procédé de traitement de surface de masse pour ébavurer, rayonner, dégraisser ou polir des composants grâce à une cuve qui tourne en rond avec les pièces des billes abrasives.
- Le microbillage : c’est une technique de traitement de surface de type sablage qui permet d’avoir une finition satinée et mate grâce à une projection de fines billes de cuivres à haute pression.
- Le garnissage : cela consistent à chasser à précision les pieds, goupilles et pierres (rubis synthétique) dans les platines, grâce à une machine semi-automatique de précision, pour faciliter le travail des horlogers.
La décoration des mouvements comme par exemple les traitements PVD ou ALD, les côtes de Geneve ou soleillage sont réalisés chez des sous-traitants experts de cela. Cela permet donc d’avoir certains mouvement noir ou d’autres avec un beau soleillage.
Direction la partie logistique
Après cette étape, il est temps de découvrir la partie logistique pour retrouver d’immenses racks qui permettent de stocker les montres et les bracelets. C’est ici que sont préparées les commandes qui partiront directement chez les revendeurs ou les clients ayant achetés via le site ecommerce.
L’atelier d’assemblage
Dernière étape de la manufacture, c’est bien sûr les ateliers d’assemblage qui se trouve dans une pièce à température et pression contrôlée pour éviter au maximum les poussières.
L’atelier est séparer en plusieurs parties :
- Assemblage des mouvements
- Vérification de la précision et des reserve de marche grâce à des machines
- Emboîtage du mouvement et assemblage de la montre
- Vérification de l’étanchéité de la montre
- SAV pour regarder les montres manufactures
A la découverte de quelques belles montres Yema
La fin de la visite, c’est donc l’occasion de tester et d’essayer les différentes montres de chez Yema.
Wrismaster Slim CMM.20
Je commence donc par leurs collections sport-chic avec la Wristmaster Slim. Le modèle que j’ai la chance d’avoir dispose d’un beau cadran jaune au motif horizontale et elle est très agréable au port.
A l’intérieur on retrouve le mouvement à micro rotor CMM.20 qui est toujours aussi beau et assez fin. La montre est disponible au prix de 2 249 euros.
Superman Gilt
Puis je découvre ensuite une belle Superman Gilt avec son CMM.10, une belle étanchéité de 300 mètre, et son cadran argent soleillé. Cette montre dispose du bracelet en acier Scales slim que je trouve très confortable (je l’ai testé avec la Superman Skin Diver CMM.20 juste ici). La montre fait 39 mm de diamètre (ou 41 mm), ce qui est parfait et elle est disponible au prix de 1 790 euros.
La même montre est aussi disponible avec le CMM.20 (elle s’appelle Superman Slim), mais le cadran est alors laqué bleu. Elle est disponible au prix de 2 490 euros.
Dans les deux cas, on retrouve toujours cette lunette avec un petit guichet et son protége couronne iconique.
Granvelle CMM.20
C’est au tour ensuite de la montre élégante de chez Yema, la belle Granvelle, qui s’inspire des formes du palais de Granvelle à Besançon. Cette montre de forme chic dispose d’un boîtier de 39 mm aux belles finitions et d’un cadran avec motif guilloché concentrique et petite seconde à 9 heures, ainsi qu’un réhaut assez imposant.
A l’intérieur, une déclinaison du calibre CMM.20 dans sa version acier et avec une belle finition soleillé. La montre est disponible au prix de 1 990 euros.
Navygraf Marine Nationale CMM.10
La cinquière montre que je découvre est la Navygraf Marine Nationale. Il s’agit d’un garde-temps avec un design de plongeuse, mais plus vintage, avec son cadran bleu avec l’inscription Marine Nationale. La lunette est elle-aussi bleu et unidirectionnelle.
A l’intérieur se trouve le calibre CMM.10, ce qui permet à la montre d’être disponible à 1 690 euros.
Flygraf CPA10 CMM.10
Dernier modèle que je découvre, c’est la Flygraf CPA10 CMM.10. Il s’agit d’une montre militaire réalisé pour Commando Parachutiste de l’Air n°10 (CPA 10) de l’Armée de l’Air et de l’Espace et elle dispose d’un look résolument vintage avec à l’intérieur le CMM.10.
La montre est aussi disponible à 1 690 euros.
Qu’est ce que je pense de cette transformation en manufacture ?
En seulement 3 ans, Yema a fait un énorme boulot, car passer d’un semble emboîteur de montre à une manufacture, c’est un très beau chemin et vraiment une belle transition. Surtout que ce n’est pas si simple que cela.
En effet, il faut acquérir les savoir-faire, mais aussi énormément investir et c’est grâce à ses investissements colossaux (plusieurs centaines de milliers d’euros la machine CNC en général, mais aussi du budget pour toutes les autres machines et outillages) et sa transformation progressive en manufacture, la marque s’impose de plus en plus dans l’entrée du luxe et propose des produits avec un bon rapport qualité prix.
De plus Yema défend maintenant ardemment le Made in France, grâce à ses mouvements français, mais aussi car elle produit elle-même certaines de ses pièces. Prochaine étape, qui arrive sans doute bient, il ne lui reste plus qu’à concevoir maintenant ses propres calibres en interne !